Le processus de liquidation du Complexe textile du Bénin (Coteb) déclenché depuis l’année dernière ne suit plus son cours. Désespérés, les employés de cette unité de production appellent le Chef…

Processus de liquidation du Complexe textile du Bénin:Patrice Talon appelé au secours

Processus de liquidation du Complexe textile du Bénin:Patrice Talon appelé au secours

Le processus de liquidation du Complexe textile du Bénin (Coteb) déclenché depuis l’année dernière ne suit plus son cours. Désespérés, les employés de cette unité de production appellent le Chef de l’Etat, Patrice Talon, au secours.

Les jours du Complexe textile du Bénin (Coteb) sont désormais comptés. Depuis près de deux décennies, le Coteb est en plein sous régime de liquidation. Dans ce processus, les agents qui étaient déjà dans une situation administrative précaire, sollicitent la magnanimité du chef de l’Etat, Patrice Talon, pour se tirer d’affaire. C’est en effet par correspondance n°207/Mica/Dc/Sgm/Drh/Sa en date du 19 octobre 2016 que le ministre de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat, Lazare Sèhouéto, a instruit l’administrateur délégué du Coteb aux fins de faire bénéficier sans délai au personnel, les congés administratifs dus, de saisir sans délai l’inspecteur du travail d’un projet de licenciement de tout le personnel du Coteb pour motif économique mais en se conformant strictement aux dispositions des articles 45, 46, 47, 48 et 49 de la loi 98-004 du 27 janvier 1998 portant Code du travail en République du Bénin. L’instruction du ministre de tutelle indiquait à l’inspecteur du travail que le mois de janvier 2017 est la période au cours de laquelle les licenciements peuvent être notifiés. Mieux, dans cette correspondance, le ministre a affiché son intention de garantir le respect des différentes étapes procédurales prévues par la loi. A cet effet, il a invité l’administrateur délégué à lui rendre compte au fur et à mesure des diligences et toute forme d’accompagnement en cas de besoin. L’administrateur délégué du Coteb, Dama Philippe Suanon, a le 16 janvier 2017 adressé la notification de licenciement aux employés tout en prenant soins de leur dire que leurs droits sont en liquidation devant la Direction départementale du travail, de la fonction publique et des affaires sociales. Il a précisé par la même occasion que l’administration de Coteb leur assurera en temps utile le payement de leurs dus, planifié par le Ministère de l’industrie, du commerce et de l’artisanat. Mais depuis près de 5 mois, les agents ne sont informés de rien.

La grogne des agents

Lassés d’attendre l’aboutissement d’un processus interminable de licenciement, les agents du Coteb ont commencé par donner de la voix. Ils sont montés plusieurs fois au créneau à travers des sit-in à Parakou, pour dire leur ras-le-bol. Pour Elie Ohin, chef d’entretien et Secrétaire général aux affaires financières du Synab-Coteb, le ministre Lazare Séhouéto devrait nommer un liquidateur en lieu et place de l’administrateur délégué. Il a affirmé que c’est toujours Dama Philippe Suanon qui est là et utilise abusivement le véhicule de service. Cet administrateur délégué qui devrait assurer la gestion des affaires courantes de la société s’occupe plutôt, selon Elie Ohin, de ses intérêts personnels au sein du Coteb. Il a fait comprendre que c’est la mauvaise gestion qui a tué leur entreprise. Pire encore, Elie Ohin dénonce le pillage et la vente des groupes électrogènes et de certaines machines vendus comme ferrailles ainsi que des véhicules enlevés. Il n’a pas occulté de parler de la surfacturation qui a participé à accélérer la faillite de leur société. Le secrétaire général aux affaires financières du Synab-Coteb a laissé entendre que l’administrateur délégué, arrivé depuis juillet 2012, a effectué des missions fantaisistes avec les ressources financières de la maison pendant que les agents étaient à plusieurs mois sans salaires. En lieu et place des mécaniciens de la maison, un ingénieur aurait également effectué une mission en Inde pour l’achat des pièces de rechange qui n’ont jamais fonctionné à l’usine du Coteb. Il s’indigne du fait que toutes les démarches menées en direction du ministre de tutelle soient restées sans suite. Et pendant ce temps, a-t-il poursuivi, des décès s’enregistrent au sein des ayants droit que sont les travailleurs licenciés dont l’effectif serait 149 salariés. Mais pour le syndicaliste Ohin, plusieurs de leurs camarades ont été omis. Il a soulevé le problème des arriérés des cotisations à la Cnss pour les agents qui n’ont pas été pris en compte par la commission chargée du calcul des droits de licenciement. Selon M. Ohin, tous les agents sollicitent l’implication personnelle du chef de l’Etat. Entre autres démarches, les agents ont saisi les responsables syndicaux de la Cgtb, centrale à laquelle est affilié le Synab-Coteb, a fait savoir Elie Ohin qui menace de durcir le ton cette semaine avec des mouvements de protestation dans la ville de Parakou.

Le Coteb mise en liquidation

Engagé depuis les années 1990 dans le programme d’ajustement structurel devant permettre le désengagement de l’Etat des secteurs clés de l’économie et en obéissance des recommandations de la Banque mondiale et du Fmi, les différents gouvernants qui se sont succédé à la tête du Bénin sont toujours restés dans cette logique. Comme beaucoup d’autres sociétés, le Complexe textile du Bénin (Coteb) basé à Parakou qui tourne toujours à perte, a connu plusieurs étapes entrant dans le cadre de sa liquidation. Plusieurs audits dont le tout dernier en date de 2016, avaient pour objet de diagnostiquer la situation du Coteb, d’évaluer le patrimoine ainsi que les coûts d’un plan de désengagement de l’Etat du Coteb. Dans les rapports d’audits, il a été recommandé la liquidation du Coteb pour la relance des activités de ce complexe très rentable. Mais rien n’y fit. Aucun gouvernement n’est allé au bout du processus de liquidation. En lieu et place de cette liquidation, des investissements colossaux injectés n’ont pas permis de relever la société. C’est peut-être le régime du Nouveau départ qui pourra aller jusqu’au bout du désengagement de l’Etat de la gestion du Coteb, croit savoir les travailleurs de cette entreprise.

La part de vérité de l’administrateur délégué de Coteb

Suanon Dama Philippe, l’administrateur délégué du Coteb, rencontré au sujet du licenciement a confié qu’il n’est qu’un simple exécutant dans ce dossier à titre d’administrateur délégué. Selon lui, c’est le ministère de tutelle qui, le 19 octobre 2016, l’a instruit aux fins de faire un certain nombre de choses allant dans le sens du licenciement du personnel. Pour lui, tout le processus est bouclé conformément au code du travail mais le problème est que jusqu’à présent, les travailleurs ne sont pas entrés en possession de leurs droits. Il a affirmé qu’ils ont travaillé avec l’inspection générale du travail du Borgou et qu’un comité ad hoc composé des cadres des instances et de l’inspection générale du travail a produit un document qui a été envoyé au Ministère de l’industrie. Il croit savoir que ledit document a été transmis au Ministère des finances en tant qu’argentier. « Ce qu’on attend tous, c’est la décision gouvernementale. Sinon, rien ne bloque à notre niveau la procédure. Et je suis en relation permanente avec le Directeur général du développement industriel commis par le ministre pour conduire le dossier du licenciement », a-t-il précisé avant d’ajouter que ce dernier, jusqu’à aujourd’hui, fait comprendre que le dossier n’est pas encore passé en conseil des ministres. Accusé de mauvaise gestion de l’entreprise par les travailleurs, l’administrateur délégué dit qu’il a été mis devant le fait accompli. Selon Suanon Dama, un dernier audit de 2014 a déclaré qu’à chaque fois que le Coteb produit, c’est une perte. Pour lui, s’il y a mauvaise gestion, cela ne date pas de son arrivée. Il a affirmé qu’il n’a fait que drainer les difficultés qu’il est venu trouver. Aussi, a-t-il a laissé entendre, que la mauvaise gestion a commencé depuis 1989. Car, avec des difficultés monstres, l’entreprise n’arrivait plus à payer ses cotisations sociales. S’agissant de la vente des ferrailles de Coteb, Suanon Dama a fait savoir qu’il n’a pas fait une gestion bananière. « C’est le Conseil d’administration qui m’a autorisé à les vendre en suivant de près le dossier avec la commission chargée d’évaluation et de vente de ces ferrailles encombrantes et j’ai avec moi les preuves et je confirme que tous étaient informés du rapport fait par cette commission », a rapporté M. Suanon. Il a exhorté les agents licenciés à la patience.

Historique du Coteb

Créer en 1971 par l’Etat du Bénin, avec la participation des privés ou étrangers détiennent 52 % du capital, le Coteb, entre-temps Idatex (Industrie dahoméenne de textile) et ensuite Ibétex, avait une capacité de transformation de trois mille (3.000) tonnes de coton fibre par an et pour exporter la quasi-totalité de la production vers le marché européen. Mais aujourd’hui, le Coteb est en situation de faillite et de cessation de paiement de salaire du personnel depuis plus de 10 mois. En son sein, le Coteb compte 6 départements de production à savoir : la filature, le tissage, la bonneterie, la couverture, la teinture, la confection et les services généraux. Malgré ses multiples activités, le Coteb, depuis sa création, n’a jamais atteint sa pleine capacité de production. Les résultats du dernier audit général de la société ont révélé qu’à chaque occasion inspection, l’entreprise sombrait, à telle enseigne que les pertes cumulées au 31 décembre 2015, s’élevaient à plus de 10 milliards de francs Cfa. Au premier semestre de l’année 2016, le compte d’exploitation de l’entreprise dégageait une perte supplémentaire de plus de 134 millions et les dettes tournaient autour de 6 milliards au 31 août 2016. Aussi, cet audit a fait ressortir que le Coteb doit sa survie grâce aux appuis financiers que lui accorde l’Etat. C’est cette situation qui fait cumuler des pertes et engendre d’énormes dettes. Suite à ce constat, l’Etat, par le biais du Ministère de tutelle, a envisagé le licenciement collectif du personnel pour motif économique.

Hervé M. Yotto

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