Suffit-il de se voir complimenté diplomatiquement par la première responsable d’une institution internationale et se gargariser, avec son petit doigt sur le nombril, prétendant que tout va pour le mieux…

Pertes d’emplois en cascade dans le public et le privé : Où va le Bénin sous Talon ?

Pertes d’emplois en cascade dans le public et le privé : Où va le Bénin sous Talon ?

Suffit-il de se voir complimenté diplomatiquement par la première responsable d’une institution internationale et se gargariser, avec son petit doigt sur le nombril, prétendant que tout va pour le mieux dans le pays ? La réponse, semble-t-il, est non. Sinon, selon des gens qui s’y connaissent, des agrégats macroéconomiques « sains » ne reflètent pas forcément la bonne santé d’un pays. En tout cas, pas dans tous les domaines. Et refuser de voir la réalité en face serait faire preuve d’une malhonnêteté inouïe. Sous Patrice Talon, l’austérité se vit avec ses conséquences bien perceptibles. Au-delà des pertes d’emplois nées des réformes structurelles engagées par le gouvernement de la Rupture, à travers la création d’Agences de pôles agricoles, avec à la clé les nombreux licenciements dans l’administration publique, il y a le secteur privé qui manifeste de plus en plus son essoufflement.

C’est le secteur privé qui est sensé créer l’emploi, mais sous le Nouveau départ, c’est plutôt ce secteur privé qui supprime les emplois. Le motif semble commun : « …pour raison économique ». Entre autres, dans une correspondance en date du 22 novembre 2017, adressée aux délégués du personnel, Hervé Le Goff, Directeur général de Oryx Bénin leur notifiaient un projet de  licenciement. Morceaux choisis : « En effet, la morosité économique qui secoue notre secteur d’activité  d’une part et la résiliation du contrat relatif à notre principal réseau de distribution d’autre part ont entraîné une perte importante au cours de l’exercice 2016 (…). Nous avons pour l’instant opté pour la continuité de l’exploitation malgré la perte (…). Dans ce cadre, nous envisageons le licenciement de vingt-cinq (25) employés pour motif économique, sélectionnés suivant les critères de compétence professionnelle, de performance individuelle et des dossiers disciplinaires. Toutes les qualifications professionnelles de l’entreprise sont pratiquement concernées par ce projet (…). Par ailleurs, vous voudriez bien noter que des délégués du personnel sont également concernés par ce projet. Nous vous assurons avoir mis tous les moyens en œuvre pour la sauvegarde de tous les emplois dans cette situation difficile mais, malheureusement, il nous est impossible de maintenir l’effectif du personnel dans les conditions actuelles de nos activités qui ont baissé (…) ».  Mais avant la grande société Oryx Sa, c’est Coman Sa, l’une des plus grosses structures de la plateforme portuaire avait déjà affiché des signaux rouges même si la correspondance n’a pas fait écho. En date du 10 octobre 2017, elle a été aussi adressée aux délégués du personnel par le Directeur général de la société, Koen De Backker. Et tel que mentionné, il s’agit « d’un licenciement pour motif économique qui est projeté pour la deuxième quinzaine du mois de novembre 2017 ».  Sur la liste, 54 employés, pères et mères de familles sans doute. Ces collaborateurs visés sont répartis par poste ainsi qu’il suit : « trente-six (36) postes dont les activités sont en voie d’externalisation dont un (1 ) pompiste, six (6 ) agents régulateurs de trafic et vingt-neuf (29) conducteurs tracteur, cette activité devant être externalisée ; seize (16) postes ont été supprimés dont dix (10) conducteurs de chariot élévateur,   trois (3) agents clientèle, deux (2 employés magasin et un (1) électricien ; deux (2) postes de superviseurs (Yard et opérations (…) ». Il faut tout de même fait savoir qu’avant les 54 agents, la société Coman Sa avait déjà remercié entre mai 2015 et avril 2016, vingt-deux (22) employés puis en juin 2016, trente (30).  Ça, c’est ce qui est officiel, c’est ce qui est connu publiquement grâce aux réseaux sociaux qui ont relayé lesdites lettres annonçant la rupture de contrat. A l’instar de ces deux entreprises privées, plusieurs autres, moyennes ou micro entreprises ont dû licencier ou fermer sans grand bruit aussi. Combien sont-ils ces travailleurs qui, d’une manière ou d’une autre ont été cueillis à froid par cette décision amère ? Une cinquantaine, une centaine ou plusieurs centaines peut-être. Et derrière eux, des milliers de bouches de la ville jusqu’au village. Avec cet effectif, c’est le taux de chômage, qu’il soit technique ou non, qui grimpe. N’en pouvant plus, des compagnies d’assurance ont été jusqu’à « la suspension de la commercialisation de la garantie ‘Perte d’emploi’’ annexe au produit Décès collectif emprunteur ». Christine Lagarde a-t-été informée ou est-elle informée de tout cela ? Non, sans nul doute. Mais il faut reconnaître une chose, elle tient au tissu social indispensable et bien réalisé, car c’est le socle a-t-elle dit. Pour Patrice Talon par contre, le social, c’est la distribution d’argent, selon l’entendement de ses compatriotes. Et c’est ce qu’il a rapporté à l’hôte du Bénin. Le chef de l’Etat est jaloux de ses efforts et réussites qui « malheureusement » ne sont pas reconnus à leur juste valeur par les Béninois pendant que ces derniers continuent d’implorer la clémence divine pour survivre chaque 24heures qui doit passer. L’amélioration du l’environnement des affaire et du cadre global. Parlons-en. Patrice Talon qui ambitionne de s’attaquer à la réduction de la pauvreté, dit devant l’étrangère qu’il a mis plus d’un an à faire le diagnostic des secteurs clés et à l’arrivée, en 18 mois de gouvernance, son pays arpente les chemins de la renaissance avec une cinquantaine de « loi de progrès » votées de concert avec le Parlement. « Nous avons entamé des réformes les plus ambitieuses, les plus osées (…). Nous sommes en train d’opérer les mutations nécessaires pour que notre pays soit capable de vivre de son potentiel et du génie de ses fils ». Mais de quel génie disposeront ces fils du pays en question si c’est le chômage ou les licenciements leur lot quotidien ? Quand Patrice Talon dit en présence de Lagarde que le gouvernement n’investira plus dans un secteur qui ne rapporte pas, doit-on comprendre par là que les investissements au Port de Cotonou seront mis en veilleuse jusqu’à ce que les travailleurs n’adhèrent à son option de recourir à un Mandataire ? Et pourtant ce que demande Coman Sa par exemple n’a peut-être rien à voir avec un Mandataire !

Les mobiles des licenciements chez  Coman Sa

Quel investissement le gouvernement de la Rupture a-t-il fait au Port depuis près de deux ans en dehors du rétablissement du Pvi-Nouvelle génération et du « Port sec » d’Allada ? Et pourtant ce qui a conduit au licenciement en masse à Coman Sa est bien là. Au-delà d’une simple formule consacrée de licenciement pour motif économique, les responsbales de la structure ont détaillé leurs difficultés. « En effet, la perte inattendue de notre contrat de partenariat avec la ligne maritime Mediterranean shipping company (Msc) a conduit à une baisse de 20% de nos volumes. Mais aussi, la société Coman a perdu son rang de leader dans l’acconage et la manutention du trafic conteneur au Port de Cotonou du fait de deux situations imprévues. D’abord, la sous-activité de notre Port sec de Zongo du fait de la perte des dépotages des conteneurs en transit vers l’hinterland désormais orientés vers le Port sec d’Allada pour des raisons d’efficacité et de rapprochement de la clientèle justifiées par le gouvernement. Ensuite l’échec des multiples intentions et tentatives d’investissements lourds au quai nord afin de pouvoir faire face à notre concurrent immédiat a compromis le plan de développement du Groupe APM TERMINALS au Port de Cotonou. Le défaut de pouvoir investir pour la construction du quai nord a rendu du coup la société Coman incapable d’accueillir des navires de nouvelle génération exigeant un tirant d’eau supérieur à 10, 5m de profondeur tandis que le quai sud offre à notre concurrent une capacité de 13, 5m de profondeur ». Autant de problèmes dressés. Mais qu’a fait le gouvernement jusque-là, à l’endroit d’un investisseur et d’un employeur aussi important (plus de 300 employés) qu’est Coman Sa ? Patrice Talon et son équipe sont-ils informés des difficultés qu’éprouve cette entreprise ? A-t-on échangé avec ses responsables pour éviter qu’elle ne mette la clé sous le paillasson ? Si oui, quelles mesures urgentes ou quelles facilités Coman Sa a-t-elle bénéficiées ? Ces chantiers paraissent quand même plus prioritaires que la course effrénée à la recherche d’un mandataire pour gérer le Port. Quand on se plaint que Cotonou se vide au détriment de Lomé, en voilà certaines causes. Il urge donc d’aller à l’essentiel que de servir les discours ou le langage diplomatique. La situation avec le Nigerai ne doit non plus être laissée de côté. Christine Lagarde, la Directrice du Fonds monétaire internationale (Fmi) l’a martelé au cours de la conférence de presse conjointe avec le président de la République à l’occasion de sa vite.

Worou BORO

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