Chute du Naira : Lueur d’espoir pour notre économie

Chute du Naira : Lueur d’espoir pour notre économie

La chute du Naira, en réduisant le pouvoir d’achat des nigérians sur le marché béninois avec 1 Naira valant à peine 1,5 FCFA (contre 3FCFA en temps normal, ndlr) aura plongé l’économie béninoise dans une détresse sans nom avec la mort de certaines filières. Mais plus le temps avance, moins cette donnée semble représenter une faiblesse pour l’économie béninoise avec un ajustement des prix à venir.

*Hausse des prix à venir au Nigeria*

Si les secteurs comme la filière véhicules d’occasion resteront en berne pendant longtemps du fait de l’absence d’alternatives directes sur le marché nigérian, il convient toutefois de remarquer que les prix s’ajusteront bientôt à cause de la fin des stocks achetés avant le début de la crise. Un naira fort avait permis au Nigeria de disposer de stocks de produits dans plusieurs domaines, stocks qui auront permis de maintenir une relative stabilité des prix sur le marché intérieur, créant le déséquilibre avec le CFA à parité fixe. Des produits nigérians entraient même au Benin comme la bière, le ciment, le lait, etc. La fin de ces stocks sonne la fin des prix bas qui exerçaient une pression sur le Bénin et pourrait sonner le nouveau départ pour les produits béninois qui avec le réajustement de prix pourraient, pour certaines filières, redevenir compétitifs. Les stocks du Nigeria avaient été achetés lorsque le Naira était dans une parité fixe avec le dollar de l’ordre d’1 Dollar pour 185 Nairas. Cette parité aujourd’hui avoisine sur le marché noir, 400 nairas pour 1 Dollar. Autant dire le double quand il s’agira de renouveler les stocks, une augmentation à compenser nécessairement sur le marché local par un réajustement des prix sur le consommateur final.

*Des secteurs déjà en ébullition au Nigeria*

Selon un article du Daily Trust, un quotidien du Nigeria, dans sa parution du 31 Août 2016, le prix du ciment serait déjà passé de 1500 Nairas le sac à 2200 Nairas. Cette hausse de plus de 40 % est commune à toutes les marques de ciment sur place. Selon le responsable communication groupe de Dangote Cement, Anthony Chiejina, l’augmentation serait due au manque de devises, à l’augmentation du prix de l’énergie due à la dépréciation du naira. D’autres secteurs comme ceux de l’immobilier résidentiel ont également connu une hausse du loyer. Selon l’index des prix des biens de consommation, le Nigeria devrait connaître une augmentation des prix du panier de la ménagère de l’ordre de 20,2% au dernier trimestre 2016, les prix en Juillet étant déjà de 15,8% plus cher que l’année dernière à la même période.

*Les conséquences pour le Bénin*

Cette situation permet surtout de réaliser le caractère durable de la crise. En effet, même si certains secteurs vont se réajuster, la filière des véhicules d’occasion qui apportait le plus de ressources, restera durablement dans le rouge. C’est donc un changement complet d’approches sur le Nigeria qui va être demandé à tous les acteurs béninois, que ce soit des politiques ou des acteurs économiques. La République du Benin doit se faire à l’idée que la réexportation est terminée en tout cas pour un bon moment. Dans ces conditions, les seuls choix restants sont ceux de la mise en place d’une politique pour développer le tissu économique béninois sur le long terme. Mais à court terme, c’est la consommation intérieure et la relance du transit vers les pays de l’hinterland qui doivent dicter les changements. En ce qui concerne la consommation intérieure, il s’agit, par les mécanismes habituels : commandes publiques, lancement de grands travaux à haute intensité de main d’œuvre ; d’injecter des capitaux sur le marché béninois afin d’encourager la consommation et donc l’importation qui apporte des devises au cordon douanier. Les relations avec nos pays voisins de l’hinterland se sont dégradées avec l’état du corridor Cotonou Malanville ainsi que les divers barrages sur le trajet. La mise en place de la voie de contournement des failles d’Aledjo au Togo a également entraîné une fuite du trafic vers le Port de Lomé connu par ailleurs pour ses bonnes conditions aussi bien pour les compagnies maritimes que pour les importateurs. C’est donc à une politique agressive de séduction du Niger, du Burkina-Faso et du Mali que nous devons nous atteler à nouveau.

*Le Nigeria, toujours le Nigeria*

Les relations avec notre voisin de l’Est sont appelées à changer. Il s’agit de prendre les sujets avec réalisme. Pourquoi importer depuis la Chine, ce que nous avons au Nigeria au même prix sinon beaucoup moins en ce moment avec le Naira ? Pourquoi Sèmè semble être délaissé par l’Etat béninois et ressemble plus à une zone de non droit qu’à une frontière avec nos voisins économiquement les plus importants ? Le réalisme pourrait être d’importer le lait Peak ou le Coca Cola depuis le Nigeria. La SOBEBRA a toujours acheté des licences pour brasser des produits de marque européennes, elle devrait inclure dans sa nouvelle politique, de brasser la Goldberg ou encore de détenir les licences exclusives de vente des produits des brasseurs nigérians. Le Port de Cotonou était le poumon économique du Bénin, il n’y a pas de raison que la frontière de Sèmè, ne puisse prendre le relais pour nous apporter des droits de douane sur la base des importations faites à partir du Nigeria.

*Le gouvernement interpellé*

Dans une région aussi interconnectée socialement, la question de la monnaie unique devient majeure avec l’impact de cette crise du Naira sur l’économie béninoise. Le rapport du Togo avec le Ghana est souvent passé sous silence mais subit les mêmes effets que le Benin avec le Nigeria. Il est temps donc de poser cette question pour en finir avec un environnement qui fait cohabiter des monnaies à parité fixe sur l’Euro et des monnaies fluctuantes sur le Dollar. En outre, la question de la coopération au-delà des poignées de main et des photos en haute définition, mérite un cadre clair qui prenne en compte l’impact des économies les unes sur les autres et les solutions à y apporter. Le débat est relancé !
Worou BORO