Révision de la constitution : Le mercato politique ouvert

Révision de la constitution : Le mercato politique ouvert

Quel parti politique ayant des députés au parlement n’a pas encore fait allégeance au nouveau pouvoir ? Le dernier en date, c’est le soutien des députés de la Renaissance du Bénin. Ils n’ont pas attendu que le mot d’ordre vienne du bureau politique du parti avant de se jeter dans les bras du chantre du ‘’Bénin révélé’’. Une façon de couper l’herbe sous les pieds de Léhady Soglo et de se mettre en pôle position dans le marché qui s’anime en prévision à l’étude prochaine du projet de loi portant révision de la constitution.

‘’A quoi s’opposer ?’’, cette cantique entonnée par le Prd est reprise en chœur par les députés de la Renaissance du Bénin, son allié qui a porté avec lui la candidature de Lionel Zinsou lors de la présidentielle passée. Ainsi, un à un, les partis qui n’ont pas soutenu Patrice Talon, ne trouvent plus de raison de s’opposer à l’homme d’affaires devenu président. Quelques mois seulement ont suffi pour que les motivations, qui soutenaient leur opposition à la candidature de l’homme d’affaires, ne soient plus de mise. Et comme il faut toujours justifier les retournements de veste les plus spectaculaires, ‘’ A quoi s’opposer ?’’ est le nouveau refrain de la classe politique.

La vérité est qu’à la prochaine rentrée parlementaire, Patrice Talon introduira certainement à l’étude puis au vote le projet de loi portant révision de la constitution du 11 décembre 1990. Principale réforme constitutionnelle annoncée lors de la campagne électorale, le Chef de l’Etat avait promis conduire ce projet à bout avant la fin de 2016. Mais une fois la commission Djogbénou installée et son rapport déposé, les débats continuent d’achopper au niveau du mandat unique. La réticence de certains et le refus catégorique d’autres ont amené Patrice Talon à battre d’abord en retraite. En état, le projet risquait fort de ne pas recevoir l’assentiment des 2/3 des députés, étant donné le nombre que font les députés Fcbe, Prd et Rb. Il fallait changer de stratagème, s’assurer le soutien du plus grand nombre avant d’introduire le projet. Dans ce lot, le Prd est le 1er à mordre à l’hameçon. Cela s’inscrit d’ailleurs dans la logique de Me Adrien Houngbédji de ne point faire l’opposition à partir de 2016. Et c’est connu que le 1er est toujours mieux servi, sachant bien combien cette réforme tient à cœur à Patrice Talon. L’homme d’affaires ayant déjà montré sa générosité avec les membres de la commission Djogbénou, les députés sont plus que certains qu’il n’hésitera pas à aller plus loin face aux acteurs mêmes, ceux sans qui son projet de révision ne pourrait prospérer. Le mercato ainsi ouvert, chacun veut en tirer le maximum de profit. La peur que le Chef de l’Etat aille négocier avec le président du parti peut amener les députés, qui devront voter au moment opportun, à prendre les devants. ‘’On est mieux servi que par soi-même’’, dit-on. Les députés ont beaucoup investi pour être au parlement. Ils se disent certainement que c’est le moment plus que jamais de récupérer cet investissement pour faire face aux dépenses des élections futures. Le parti devient ainsi juste un tremplin. On s’en sert pour accéder à une position et une fois la position obtenue, seul l’argent devient le maître mot.

B.H