Le secteur de la microfinance subit le contrecoup de l’opération de libération de l’espace public entreprise par l’Etat. Les chiffres font état d’une baisse de l’encours des crédits et d’une…

Ralentissement de l’activité commerciale: Le déguerpissement plombe la microfinance

Ralentissement de l’activité commerciale: Le déguerpissement plombe la microfinance

Le secteur de la microfinance subit le contrecoup de l’opération de libération de l’espace public entreprise par l’Etat. Les chiffres font état d’une baisse de l’encours des crédits et d’une hausse du portefeuille à risque.

L’on redoutait un sérieux revers de l’opération de libération de l’espace public sur les activités économiques. Les conséquences ont été donc fâcheuses pour de nombreuses commerçantes et autres acteurs de l’informel. Ces derniers ont, pour la plupart, non seulement perdu leur clientèle, mais surtout n’ont plus retrouvé d’emplacements idoines pour relancer leurs activités. Sans surprise, le secteur de la microfinance a reçu le contrecoup de ralentissement du petit commerce avec des performances qui mettent les systèmes financiers décentralisés (Sfd) sur la braise. Selon l’Agence nationale de surveillance des systèmes financiers décentralisés (Anssfd), le portefeuille à risque à 90 jours des Sfd s’est dégradé au deuxième trimestre de 2017, passant de 8,2 % au premier trimestre à 9,5 % au deuxième trimestre. « C’est un corollaire de l’opération de libération des espaces publics, selon les déclarations des dirigeants des Sfd », précise la structure qui dépend du ministère de l’Economie et des Finances. De façon globale, le secteur de la microfinance a enregistré, depuis le début de l’année une baisse d’activités. L’encours de crédits des Sfd estimé à 127,3 % milliards F Cfa au 30 juin 2017 est en baisse de 1,2 % par rapport au niveau attient au 31 mars, soit 128,8 milliards F Cfa. Sur les trois trimestres de l’année 2017, informe l’Anssfd, le portefeuille à risque à 90 jours est largement au-dessus de la norme maximale admise fixée à 3%.
Marie Assignon, tenancière d’une boutique de produits divers à Agla, estime que le déguerpissement l’a mise en difficulté auprès des institutions de microfinance. « Je n’avais pas assez d’espace dans ma boutique pour exposer tous mes produits. Le déguerpissement m’a contrainte à réduire mes commandes et j’ai du mal à honorer le remboursement de mes crédits », se plaint-elle. Corine Vianou qui a investi quelques mois plus tôt dans l’ouverture de sa boutique de vente de produits cosmétiques se dit aussi confrontée à des difficultés de remboursement de son prêt, après avoir vu une bonne partie de sa boutique rasée lors de l’opération de déguerpissement. C’est aussi le cas d’Hervé Houétohossou dont l’activité de commercialisation des fripes a chuté depuis qu’il a quitté son emplacement habituel. « Le Gouvernement n’a pas évalué les conséquences du déguerpissement sur nos activités avant de décider de nous chasser. J’occupais avant une position stratégique qui attirait la clientèle ; actuellement je me retrouve dans un coin où mêmes mes clients fidèles ont du mal à venir », s’offusque-t-il.

Opération mal pensée ?

Une autre illustration des dégâts des déguerpissements sur l’activité économique, ce sont les déboires de nombreux fournisseurs de petits commerçants qui ont vu leurs chiffres d’affaires se fondre comme un château de cartes. Armelle Kouton, directrice générale de la société Biskara Sarl, spécialisée dans la fabrication d’amuse-gueule, confie avoir réalisé un chiffre d’affaires de 750 000 F Cfa en février 2017, aux temps forts des opérations, contre 7 100 000 F Cfa en février 2016. « Beaucoup de mes clientes ont perdu leurs places et n’ont pas pu rouvrir leur commerce, faute de nouveaux emplacements. D’autres ont dû réduire les commandes parce que n’ayant plus assez d’espace pour exposer leurs marchandises », souligne-t-elle.
Abel Gbètoénonmom, économiste, estime que la libération de l’espace public, bien qu’elle soit une réforme importante, a été menée sans tenir compte du contexte économique. « Cette opération n’a pas pris en compte le contexte de récession économique du Nigeria qui frappait déjà les activités commerciales dans notre pays. Et, les bonnes dames qui restent au bord des voies sont les plus frappées par les difficultés économiques au Nigeria. Quand ça cesse de tourner au Nigeria, ça cesse de tourner à leur niveau aussi. Elles étaient déjà fragilisées par le contexte avant que l’Etat décide encore de les dégager », commente-t-il. Pour lui, c’est à croire que l’aménagement de l’espace est plus important que les priorités humaines. « Lorsqu’on veut faire une réforme qui affecte 80 % de l’activité économique, on la mène avec beaucoup de dextérité », insiste-t-il, déplorant que l’opération soit menée sans mesures d’accompagnement des commerçants déguerpis

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